Réflexion sur la relance économique du Maroc

Réflexion sur la relance économique du Maroc

Edité par : Anouar Hasbaoui*

 

Introduction:

Tous les gouvernements recensent d’une manière continue les effets de la crise sanitaire, plus particulièrement au niveau économique. Quoique prématuré d’établir un bilan final des effets de cette pandémie, il est clair que toutes les économies enregistrent une baisse accentuée de leur capacité de production, notamment dans le secteur tertiaire qui reste le plus touché, et un arrêt de remboursement des dettes, et le non-respect des obligations envers les créanciers…etc. Les autorités publiques sont conscientes que la situation économique n’est pas moins importante que la situation sanitaire, l’urgence d’une action publique est vivement recommandée pour réduire les effets de la crise, et amorcer une relance économique tant pour le deuxième semestre de l’année budgétaire que pour les années à venir.

Au Maroc, la réflexion sur la relance économique doit s’articuler autour de trois composantes essentielles : 1) les leçons tirées du COVID 19, 2) la nécessité d’adoption de mesures urgentes et à court terme, 3) et enfin les programmes de relance à moyen terme. Toutefois, il importe de rappeler que le défi de relance de l’économie concerne toutes les composantes de la société marocaine et ne se limite à l’autorité gouvernementale. Par ailleurs, la réussite de ce chantier sociétal est tributaire de la présence de conditions préalables suivantes:

  • Engagement responsable des parties prenantes : gouvernement, partenaires économiques et sociaux, entreprises et établissements de crédit pour servir l’intérêt du pays.
  • Rapidité et efficience dans l’exécution des décisions.

1-Leçons tirées du COVID 19

L’observation quotidienne a pu relever un certain nombre de changements positifs sur la société marocaine. En effet, la pandémie a permis de tirer des leçons très pertinentes et qui peuvent servir de leviers pour la croissance économique à moyen terme :

Première leçon :

Le travail à distance reste l’élément phare de cette crise. Ainsi, certains départements gouvernementaux et entreprises privés ont pu enregistrer des progrès remarquables en matière de télétravail, la variété des plateformes électroniques ont pu faciliter la tenue des visioconférences et l’exécution des taches support et ce à des coûts très compétitifs.

Deuxième leçon :

La mobilisation et la collaboration inconditionnelle entre les chercheurs et inventeurs académiques et industriels pour subvenir aux besoins de pays en matière d’application informatique pour le suivi des cas infectés, Invention des dispositifs de respiration artificielle, création de système de détection des personnes infectées.  Cette réactivité prouve que le Maroc dispose d’un capital humain de grand talent.

Troisième leçon :

La communication adoptée par les différents départements ministériels a contribué massivement à contourner la pandémie, les médias se sont aussi investis dans cette action en vue d’éduquer la population et de la protéger.

Quatrième leçon :

Généralement dans la plupart des pays développés, on assiste à une rivalité entre les différents départements publics. Au Maroc, l’autorité exécutive a travaillé comme une seule équipe homogène. De surcroît, l’arsenal médical des forces armées royales, qui sous instruction de sa Majesté le Roi Mohammed VI, est venu soutenir le système de santé publique, il a accentué cette harmonisation et collaboration afin de la mettre au service des marocains dans le tout le territoire.

Cinquième leçon :

Le gouvernement a pu enregistrer des progrès significatifs en matière du ciblage. Les aides octroyées pendant la crise a permis d’alimenter le système d’information du gouvernement et d’actualiser les bases de données, ce qui va contribuer à l’élaboration d’une politique de redistribution plus efficiente et équitable.

Force est de dire que ces leçons doivent être exploitées au service d’une relance économique pour un développement inclusif et durable.

2-Actions à court terme :

Il est évident que les effets du COVID 19 vont peser sur l’activité économique, du moins pendant l’année en cours, l’intervention massive de l’Etat est inévitable, l’orthodoxie budgétaire classique basée sur le respect des équilibres macroéconomiques n’est plus de mise, la dimension sociale doit primer notamment la préservation du pouvoir d’achat, le soutien aux couches sociales défavorisées et la sauvegarde des emplois. En vertu de la priorisation de la dimension sociale, le gouvernement doit soutenir les secteurs fort consommateurs de main d’œuvre et par ordre de priorité, notamment le secteur de textile, agriculture, le secteur tertiaire et l’industrie de transformation.

Les marchés publics doivent donner davantage accès aux TPME, chose qui peut les aider à redémarrer avec moins de difficultés. Les incitations fiscales, quoique difficiles dans cette période, constituent un levier important en vue de renforcer la trésorerie des entreprises. Autre mesure à entreprendre est l’accompagnement des activités exportatrices plus particulièrement en direction des pays moins touchés par la crise et à forte solvabilité.

Au niveau financier, la banque centrale doit revoir son taux directeur à la baisse pendant ce deuxième semestre, en vue de stimuler l’investissement, et réduire le coût de financement des entreprises. Au niveau des établissements de crédit, le levier de financement est susceptible d’enclencher une dynamique plus particulièrement en direction des projets innovants entre autres private equity. La pandémie a indirectement stimulé l’offre intéressante de projets innovants liés aux problèmes de microbiologie, il serait judicieux que le banquier marocain prête plus d’attention à ces opportunités au-delà des emplois classiques hautement sécurisés.

3-Plan à moyen terme :

La relance économique après une crise sanitaire mondiale nécessite l’élaboration d’une stratégie à moyen terme, où tous les gouvernements qui vont succéder au pouvoir doivent s’ y adhérer. Dans cet ordre d’idées, nous soulignons que sa Majesté le Roi Mohammed VI a désigné une commission spéciale  dont la mission principale est l’élaboration d’une proposition de modèle de développement économique prospère qui bénéficie à tous les marocains. En vertu de ce principe de base, le nouveau modèle doit  à notre sens considérer les options suivantes :

  • La nécessité de poursuivre les efforts en direction de constitution de pôles de compétitivité par région. une telle option nécessite la disponibilité des ressources humaines et matérielles adéquates au niveau de chaque territoire local ;
  • La modernisation des systèmes d’éducation nationale et de santé publique selon une approche inclusive. L’objectif de modernisation doit être orienté résultats, ici l’usage de l’internet est susceptible de réduire le coût budgétaire des ministères de tutelle ;
  • La transformation de la task force en veille stratégique permanente dont la mission principale est la détection précoce des événements majeurs qui pourraient perturber le modèle économique nationale.
  • Orienter les projets de recherche et développement vers les problématiques structurelles de notre pays dans une perspective de mise en œuvre des extrants des dits projets.
  • Assurer davantage de transparence de la gestion de l’administration publique par l’accentuation du e-gouvernement.

conclusion:

En guise de conclusion, le Maroc dispose de tout le potentiel pour amorcer une croissance économique durable. Le succès réalisé dans la gestion de la crise sanitaire prouve que le Royaume est capable d’accéder au stade de puissance économique émergente.

(*) Président du CMDI

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