L’Open innovation: Dynamiser les activités d’innovation de l’organisation.

L’Open innovation: Dynamiser les activités d’innovation de l’organisation.


Réalisé par: Youssef Saida

Chercheur en Management Multiprojet

Le présent article cherche à expliciter le concept de « l’open innovation » qui commence a suscité l’intérêt à la fois des chercheurs et praticiens. Le recours à l’open innovation permet à l’organisation de multiplier ses perspectives de valorisation de ses connaissances et technologies afin de booster sa croissance. Cette approche d’ouverture de l’innovation permet éventuellement d’agir avec l’environnement organisationnel de manière plus efficace que selon la conception cloisonnée de l’innovation.

  

L’incessant changement de toutes ses facettes qui caractérise l’environnement organisationnel (concurrence exacerbée, mutations comportementales des clients, changements de valeurs, outsourcing, offshoring, etc.), implique des ajustements au sein de la structure concernant les pratiques managériales déployées pour pérenniser la croissance de l’organisation. Ces adaptations visent, entre autres, les différentes activités d’innovation qui quémandent à mieux attribuer à l’organisation un avantage concurrentiel durable, aussi bien que possible.

Généralement, l’innovation permet de doter l’organisation de quoi se positionner confortablement au sein de son environnement et par conséquent générer assez de cash flow pour récompenser le risque entrepris par l’organisation. Traditionnellement, l’innovation était toujours une activité menée en interne de la structure organisationnelle. A ce stade, l’organisation s’appuie sur son propre département de Recherche & Développement pour allouer efficacement et/ou de manière efficiente, aussi bien que possible, son bloc de ressources (capitaux, compétences, technologies, etc.) afin de générer suffisamment d’idées, de technologies ou bien de nouveaux produits susceptibles de renforcer son offre face à celles des concurrents sur le marché. Selon cette démarche, l’output de cette activité dite d’innovation fermée ou cloisonnée devraient suivre la tendance décernée par les choix stratégiques de l’organisation. L’incompatibilité de certaines idées développées avec les orientations stratégiques opérées pousse l’organisation à les geler[1] et par conséquent on se trouve avec des idées non valorisées, ce qui pourrait constituer un manque à gagner, plus ou moins, important. C’est dans cette perspective que l’open innovation émerge comme une nouvelle démarche qui offre à l’organisation l’opportunité de valoriser davantage les résultats (idées, technologies, etc.) issus de son processus d’innovation.    

Par définition, l’open innovation, l’innovation collaborative ou encore l’innovation ouverte désigne un mode de management des activités de l’innovation basé sur le partage et la collaboration entre les organisations. Selon Chesbrough, 2003[2], « l’Open Innovation est un paradigme qui suppose que les organisations pourraient et devraient utiliser des idées externes ainsi que des idées internes, et des trajectoires internes et externes sur le marché, lors de leur quête pour faire progresser leur technologie. Les processus d’innovation ouverte combinent idées internes et externes dans les architectures et les systèmes ». A ce stade, on pourrait considérer cette approche de management de l’innovation comme une tentative de l’organisation pour mettre en œuvre conjointement les sources d’innovation internes et externes afin de booster ses compétences à être la première à mettre sur le marché (chrono-compétition[3]) une offre innovante susceptible de mieux satisfaire les attentes des clients. Ceci dit, l’organisation pourrait, selon cette approche impliquant une ouverture plus ou moins importante de son processus d’innovation, augmenter les chances de valorisation des résultats émergents des différentes activités d’innovation. Encore plus, l’open innovation est éventuellement génératrice de nouvelles idées ou encore trajectoires de développement de l’activité de l’organisation qui ne pourraient pas être repérées selon l’approche traditionnelle de l’innovation dite fermée.

L’objet de l’open innovation est de favoriser une coopération inter-organisationnelle en matière du pilotage des activités d’innovation. Il s’agit spécialement d’un exercice de sourcing des technologies et des connaissances en provenance des partenaires externes : fournisseurs, clients, concurrents, universités et organisations de recherche, etc. L’apport principal ou encore l’enjeu de l’open innovation est de mettre l’accent sur les aspects qui permettent de tirer profit de la valorisation des connaissances auparavant développées mais non encore commercialisées. Ceci dit, l’organisation est amenée à quérir les différents scénarios de valorisation de son portefeuille de propriétés intellectuelles (PI)[4]. Autrement dit, l’organisation est supposée opérer des choix managériaux permettant de valoriser en interne et/ou en externe, seule et/ou avec d’autres partenaires, des idées ou encore des connaissances de manière efficace, aussi bien que possible.

Le management des activités d’innovation selon l’approche de l’open innovation distingue trois familles de processus d’après Gassmann et Enkel, 2004[5] :

  • Outside-in process: sourcing et intégration des connaissances externes en provenance des fournisseurs, clients, concurrents, universités et organisations de recherche, etc.
  • Inside-out process: apport de nouvelles idées au marché, cession/octroi de licences des propriétés intellectuelles, etc.
  • Coupled process: les deux processus précédents combinés, travaillent conjointement avec des connaissances complémentaires.

Le déploiement de ces trois familles de processus d’open innovation au sein de la structure implique des allers-retours que l’organisation opère entre l’interne et l’externe le long de son processus d’innovation. Le comportement organisationnel d’après la conception de l’innovation ouverte s’inscrit dans une logique dynamique, puisque on pourrait multiplier les trajectoires de valorisation de son portefeuille de propriétés intellectuelles.

En guise de conclusion, l’open innovation constitue une démarche de management de l’innovation qui pourrait permettre à l’organisation une meilleure valorisation de ses connaissances et technologies. Nonobstant, l’universalité d’une telle démarche reste relativement critiquable vu son inadéquation pour des organisations opérantes dans certains secteurs d’activités (armement et pharmaceutique), ou lorsqu’on aperçoit des organisations (Apple par exemple) qui affichent des performances remarquables tout en adoptant l’innovation selon sa conception cloisonnée[6]. Certains chercheurs encore pensent que la dichotomie créée par Chesbrough ne correspond pas exactement à la réalité des pratiques organisationnelles en matière d’innovation[7].

 

[1] OECD (2008), Open Innovation in Global Networks, in Open Innovation in Global Networks, OECD Publishing.

[2] Chesbrough Henry. W (2003), Open Innovation: The New Imperative for Creating and Profiting from Technology, Harvard Business Press, Boston.

[3] Adaptation du concept anglo-saxon : Time-based Competition.

[4] OECD (2008), Open Innovation in Global Networks, in Open Innovation in Global Networks, OECD Publishing.

[5] Ibid.

[6] Benkeltoum, N. (2009) “Les régimes de l’open source : solidarité, innovation et modèles d’affaires, Thèse de doctorat en sciences de gestion.” Centre de Gestion Scientifique, Mines ParisTech, Paris.

[7] Trott, P et Hartmann, D (2009), why ‘open innovation’ is old wine in new bottles, International Journal of Innovation Management Vol. 13, No. 4.

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