Les piliers de l’émergence économique de la Turquie:  Synchronisation de réformes structurelles

Les piliers de l’émergence économique de la Turquie: Synchronisation de réformes structurelles

Photo_anouar_resizedRéalisé par: Anouar Hasbaoui

(Chercheur au Centre)

introduction:

Depuis 2002, l’économie turque a connu un essor économique remarquable, le PIB est passé de 230 MM$ en 2002 à 851 MM$ en 2014[1] avec une croissance annuelle au-dessus de la moyenne internationale (5%), ce qui lui a permis d’occuper la 17éme place au classement mondial. De surcroit, les pouvoirs publics ont affiché l’ambition de passer à la dixième position en 2023, année qui marquera le centenaire de la nouvelle république.

Force est de constater que cette performance est le résultat d’un modèle de développement équilibré, et qui prend en compte les spécificités de la république turque. Il repose sur trois piliers principaux : leadership politique, rigueur économique et inclusion sociale. Ceci dit, il importe donc de dévoiler les piliers fondamentaux de ce modèle pour comprendre la doctrine qui encadre ce projet sociétal. Ainsi le présent article va essayer de passer en revue ces trois niveaux interdépendants à savoir : le politique, l’économique et le social.

1.Leadership politique:

Au niveau politique, les effets de la crise économique qui a frappé le pays en 2000-2001 a contribué à l’accession au pouvoir du parti de la justice et du développement (AKP) en 2002. Le parti avait un programme économique ambitieux qui a mis en doute les promesses des deux partis belligérants(les kémalistes du CHP et les nationalistes du MHP). Le parti élu a pu gagner la confiance des citoyens ce qui lui a permis d’accélérer le processus de réformes pour un développement rapide et structuré. La nouvelle phase a pu repositionner le pays en tant que acteur incontournable sur l’échiquier régional et international.

Les affrontements intenses survenus en 2013 et les accusations de corruption infligées aux certains membres du parti n’ont pas eu d’effets significatifs sur la stabilité politique, la réélection du AKP en Aout 2014 est attribuée étroitement au sucées réalisé aux élections municipales de Mars 2014 et aussi à la présence d’un président qui incarne un mode de leadership fort et responsable. En effet, ce leadership se caractérise par un mode de gouvernance transparent et efficace, et son pouvoir à prendre des décisions sécuritaires très sensibles, entre autres, l’éloignement de magistrats et policiers réputés alliés à l’opposant politique actuellement exilé au USA Fethullah Gülen.

L’autre décision courageuse est le lancement en 2013 du processus de négociation avec un autre redoutable opposant qui n’est que le chef du PKK , Abdullah Öcalan à travers ce qui communément appelé « processus d’Imrali ». La résolution de la question Kurde va dans le sens de l’accroissement de la solidité et l’unité nationale.

La Turquie vient de mettre les jalons d’un système politique démocratique parlementaire et fédérateur au service de tous les turcs, sur la base d’agenda électoral transparent et régulier, ce qui ne peut que favoriser l’essor économique du pays.

2.Au niveau économique:

La stabilité politique était le prérequis pour un essor économique sans précédent. Les pouvoirs publiques ont entrepris une série de programmes innovants en vue de redresser les équilibres macroéconomiques, promouvoir le secteur privé et surtout d’encourager les investissements directs à l’étranger (IDE) qui étaient entre 1923 et 2002 autour de 15Milliards de dollars pour atteindre 140 milliards après 2002, cette évolution exponentielle est l’output de réformes institutionnelles volontaristes. L’encouragement de l’entrepreneuriat est l’élément capital dans le programme économique du gouvernement, toutes les mesures prises sont très importantes : baisse respective de l’IS (33% à 20%), de l’impôt sur le revenu et également des exonérations fiscales plus particulièrement pour les secteurs stratégiques : énergie, Recherche et développement (R&D), zone industrielle). Le partenariat public privé s’est vu dynamiser afin de diluer les problèmes structurels du pays. La mise à niveau de l’infrastructure du pays (ports, autoroutes, ponts) et le lancement de logements sociaux ont été couronné par la constitution de conglomérats compétitifs sur le paysage économique internationale.

izmir-turquieImage: La Cote Egéenne, la Mer Egee,

La réforme du système judiciaire et la possibilité de régler les litiges internationaux ont pu encourager les investisseurs nationaux et internationaux à mobiliser leurs fonds en direction des opportunités offertes par le gouvernement et à bénéficier des conditions favorables et du climat sain d’investissement. Dans cet ordre d’idée, est créée une agence de support et de promotion de l’investissement de Turquie, elle est placée sous la supervision directe du premier ministre.

Les secteurs qui intéressent le gouvernement turc sont principalement
le textile, l’automobile, la sidérurgie, et le secteur de la construction qui reste l’un des pionniers de l’économie grâce à sa compétitivité internationale. L’industrie manufacturière contribue à hauteur de 30% du PNB et absorbe 26% de la main d’œuvre, plus précisément dans des secteurs comme le textile et l’industrie automobile. Les projets d’infrastructure constituent aussi un créneau soigneusement encouragé par les pouvoirs publics. Le tabac détient une part importante dans les exportations du pays. L’agriculture contribue à hauteur de 10% et emploie un quart de la population active malgré son faible taux de productivité due aux petites exploitations agricoles. Le pays est aussi le premier producteur de noisettes (70% de la production mondiale).

Le secteur tertiaire forme deux tiers du PIB avec une contribution du tourisme de 4% au PIB et 22 milliards de dollars.

Il faut dire que le développement économique est dû en grande partie aux flux des IDE qui ont permis de doter le pays de technologie avancée ainsi que des fonds nécessaires pour devenir un géant asiatique parmi le groupe BRIC. La croissance en 2010 et 2011 était respectivement de +9,2 % et +8,8 %, en 2012 cette croissance a chuté à 2,2% à cause du ralentissement des exportations affectées par les conflits régionaux (Crise en Syrie, en Irak) et le recul de la demande interne suite au resserrement des modalités d’octroi de crédits. Le déficit public et le pourcentage de la dette par rapport au PIB s’étale en 2013 respectivement de 1,2% et 36,3%.

3.Au niveau social

Les pouvoirs publics ont essayé de positionner le pays en matière de développement social parmi les Etats à revenu intermédiaire. Cet objectif est estimé réalisable grâce à la stabilité politique et l’émergence économique. L’amélioration du pouvoir d’achat et la lutte contre la pauvreté ont permis de réaliser des avancées très notables. Le développement du système d’enseignement et l’alphabétisation de la femme ont marqué l’agenda du gouvernement, l’instauration de la scolarisation minimale a permis de résorber le taux d’analphabétisation. La couverture médicale a pu créer les conditions favorables pour l’accès aux services médicaux à tous les citoyens.

 Par ailleurs, le bilan des réformes n’est complètement pas satisfaisant, la Turquie est handicapée par un taux d’inflation qui atteint les 9%, ce qui est préjudiciable à une croissance économique soutenue. Le système financier se trouve dans une position très tendue où la banque centrale ne possède suffisamment pas de marge pour alléger le taux directeur, par crainte d’alimenter davantage l’inflation.

conclusion:

En guise de conclusion, on peut confirmer que la primauté de l’espace tridimensionnel constitué par le politique, l’économique et le social détermine le degré de développement du pays et le bien-être des citoyens. Le système politique est marqué par la stabilité et le courage de diluer les problèmes intrinsèques, ce qui marque le style de leadership fort et indépendant. Ce pouvoir a essayé de dynamiser l’économie et la rendre plus compétitive, en essayant d’encourager les flux des IDE et la promotion du secteur privé. L’intérêt est dirigé vers les secteurs d’infrastructures et les secteurs à avantage comparatif, ce qui induit l’émergence de la Turquie en tant que pôle économique régional. Au troisième niveau, l’inclusion sociale a permis aussi de mettre en place un modèle de développement au service du bien-être du citoyen. Le succès turc est attribué à l’engagement simultané de réformes structurelles dont les objectifs parfois ne sont pas en phase. La planification stratégique et l’exécution rigoureuse des réformes et politiques publiques sont des éléments incontournables pour le développement sociétal intégré.

 

 Quelques références bibliographiques retenues

[1] FMI – World Economic Outlook Database – dernières données disponibles.

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