La monoparentalité féminine entre vulnérabilité sociale et responsabilité familiale

Réalisé par : Hassnae Chergui

Doctorante en Sociologie

La monoparentalité féminine : un fait social méconnu.

La monoparentalité est un terme qui a toujours existé suite à la mort prématurée d’un conjoint mais qui est toujours restée mal connue. C’est au cours de ces dernières années que la catégorie «  famille monoparentale » a pu accéder à une visibilité sociale.

Compte tenu des transformations qui affectent les structures familiales actuelles, le concept « familles monoparentales » représente une catégorie familiale dirigée par un seul parent. Le pourcentage des veuves et des veufs dans ces familles n’a pas cessé de diminuer au profit des parents divorcés[1]. En plus, le statut des mères célibataires a pris une place accrue dans cette catégorie familiale.

Au Maroc, en raison de l’augmentation du divorce et autres séparations en l’occurrence le veuvage, un grand nombre d’enfants vit désormais avec l’un de ses parents, en général avec la mère, car c’est à elle que sont confiés les enfants en bas âge après le divorce ou le décès du conjoint [2].

Depuis que le mouvement féministe a vu le jour, le concept famille monoparentale désigne une forme familiale qui vit dans une situation socio-économique défavorable en référence à« une réalité où échoit à un seul parent une charge familiale normalement partagée »[3] . Il va de soi que cette responsabilité va être plus alourdie en fonction de la catégorie sociale à qui appartient la famille monoparentale, le nombre des enfants et leur âge.

La monoparentalité féminine et le devenir des enfants :

La monoparentalité est un phénomène qui implique à la fois le parent et l’enfant. De ce fait, les enfants vivant avec un parent mènent un itinéraire familial ébranlé, par une séparation conjugale, chose qui impacte le cours normal de l’évolution psycho-sociale de ces enfants ceci dit, l’expérience de la monoparentalité est une situation mal vécue par les enfants qui se retrouvent le plus souvent avec leur mère. Cette monoparentalité féminine représente une figure importante de «  la pauvreté féminine »[4].

Au cours des vingt dernières années, dans la plupart des pays maghrébins, le taux des familles monoparentales n’a pas cessé de croitre de façon importante. Le Maroc n’a pas échappé à cette tendance: en 1999, le taux de monoparentalité a atteint 11,5% pour l’ensemble des familles [5] .Cette forte croissance semble intimement liée à l’émergence d’une «nouvelle monoparentalité» qui se distingue de la monoparentalité antérieure traditionnellement associée au veuvage, par «la féminisation » croissante de la responsabilité parentale, le rajeunissement des parents uniques, et enfin l’augmentation des ruptures volontaires du lien conjugal.

Ainsi, en raison de la surmortalité masculine, la proportion de familles monoparentales sous responsabilité féminine a augmenté, en milieu urbain en 1999, un pourcentage de 86,4% de veuves chefs de ménage contre 50,3% en milieu rural[6]La responsabilité parentale des mères seules tend à s’alourdir graduellement, du fait du rajeunissement progressif des enfants vivant dans ce type de famille:66,5% %[7]des familles monoparentales dont tous les enfants ont moins de 6 ans avaient un chef féminin en 1981 contre 87 % en 1999Cette surreprésentation féminine résulte non seulement des effets du divorce et du veuvage mais aussi du fait que la femme jouit en priorité de droit de la garde des enfants , aussi que du statut de tuteur légal en cas du décès du mari.

Il est fort de constater que parmi les femmes formant des ménages monoparentaux 66 ,8% d’entre elles sont des veuves ou divorcées. Elles vivent dans la précarité économique et la vulnérabilité sociale, Dans a plupart de ces cas, ces femmes sont analphabètes[8], elles exercent des emplois précaires et peu rémunérés, ou ne disposent d’aucun revenu. Le taux d ‘inactivité s’élève à 63,8% parmi les femmes chefs de ménages.

L’émergence des femmes chefs de ménage modifie les structures actuelles des familles en contribuant à une hausse de pauvreté chez les femmes. Dans une telle mouvance, l’on peut se demander si les conditions de vie des enfants vivant dans des ménages dirigés par des femmes en l’occurrence des veuves sont –elles convenables au bon développement psychosocial de l’enfant ?

Cela nous pousse à œuvrer pour mettre en lumière les pratiques spatiales et les mobilités des familles monoparentales pour savoir si la monoparentalité entraine une restriction des espaces de vie des mères seules. Ce parcours de vie des parents « seul » influent sur leurs conditions de vie.

Il s’ensuit que la monoparentalité est l’une des figures de la parentalité, contribuant à la diversification et à la complexification des relations familiales et parentales. La famille monoparentale est une situation sociale qui doit faire l’objet d’une attention renouvelée en raison de son développement, de ses mutations et des enjeux qu’elle représente, spécialement pour les politiques publiques qui doivent s’adapter à ces évolutions, comme le droit de la famille et le droit social.

Il est fort de constater que la multiplicité de ces pratiques familiales pointe du doigt la position du système symbolique et juridique de la famille. Cette transformation du rapport à l’institution débouche vers la modification des principes du droit qui organise la famille. Ces considérations nous décèlent la question des rapports entre la famille et l’État, tel qu’on peut la concevoir à partir des régulations politiques de la famille à travers le droit.

 

 [1] Le Haut Commissariat au Plan : la femmes marocaine en chiffres , tendances d’évolution socio-démographiques et professionnelles , Octobre 2013;

[2] La garde de l’enfant est dévolue aux deux parents en cas de vie commune (article 164). A défaut, elle revient à la mère selon  le nouveau code de la famille,

[3] Bertrand Desjardins (199)1 La monoparentalité : un concept moderne, une réalité ancienne Vol 46, n°6 pp., 16-77.

[4]  Élisabeth. Algava (2002 ), Les familles monoparentales en 1999, Population,Vol 57, n°4-5, pp., 733-758.

[5] HCP, les indices sociaux au Maroc , 2010;

[6] Idem;

[7] Direction de la Statistique : Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 1998-1999, Rabat 2000;

[8] 84,2% de femmes chefs de ménages n’ont reçu aucune instruction scolaire contre 52,5% d’hommes du mème catégorie.

Bibliographie :

  • Favre, Dominique, Savet Alain. (1993). Parents au singulier. Monoparentalités : échec ou défi ? Autrement /134;
  • Algava, Élisabeth,( 2003), « Les familles monoparentales : des caractéristiques liées à leur histoire matrimoniale », Études et Résultats, DREES, n°218, février.
  • Olivier, Chardon, Fabienne, Daguet, (2008), « Les familles monoparentales. Des difficultés à travailler et à se loger », INSEE Première, INSEE, n°1195, juin.
  • Bertrand, Desjardins(1991) : La monoparentalité : un concept moderne, une réalité ancienne V :46 N :6pp : 16-77
  • HCP, les indices sociaux au Maroc , 2010
  • Direction de la Statistique : Enquête nationale sur le niveau de vie des ménages 1998-1999, Rabat 2000

Laisser un commentaire

Fermer le menu