La dépendance vis-à-vis des nouvelles  technologies de communication

La dépendance vis-à-vis des nouvelles technologies de communication

Par : Abdelghani Kerroumi

(Chercheur au Centre)

Les nouvelles technologies de communication sont devenues une partie intégrante de notre vie. Rares sont donc les personnes et les familles qui ne disposent pas de téléphones, de portables ou d’ordinateurs. Ces moyens influencent de plus en plus notre mode de vie quotidien. Ainsi, ils sont intégrés à notre vie au détriment d’autres éléments très essentiels pour nous. Il s’agit de nos relations humaines, de nos rapports familiaux, de nos activités intellectuelles, manuelles, sportives, etc.

En effet, personne ne peut s’aventurer et demander l’interdiction de ces moyens qui sont devenus si nécessaires pour le médecin dans sa clinique, pour le professeur dans sa classe, pour l’ingénieur dans son usine, pour le fonctionnaire dans son administration et pour le citoyen dans sa propre maison, en bref, indispensable pour tout un chacun. Toutefois, la question légitime qu’on peut se poser, comment peut-on profiter de ces nouveaux médias  sans être victime de leur dépendance (appelée cyberdépendance ou cyberaddiction ou dépendance cybernétique)? Et comment maximiser leurs effets positifs tout en réduisant leurs effets négatifs?

Qu’est ce que la cyberdépendance et quelles sont les mesures de prévention?

En réalité, il n’y a pas une définition précise du terme. Toutefois, certains experts[1] considèrent qu’on peut parler de cyberdépendance quand l’utilisation d’internet et des technologies devient un problème. L’utilisateur sent un sentiment de détresse et rencontre des problèmes au niveau psychologique, social ou professionnel[2].

Les indicateurs révélateurs de cette dépendance vis-à-vis de l’internet et des nouvelles technologies sont multiples. On peut évoquer à titre d’exemple : la perturbation des horaires du sommeil, le nombre d’heures passé devant l’ordinateur ou les autres supports médiatiques, les difficultés relationnelles qui se traduisent par une tendance à l’isolement et au développement d’un lien virtuel au détriment du lien réel ce qui aboutirait à une certaine forme de rupture avec la vie réelle.

Les couches sociales les plus vulnérables à la problématique de cyberdépendance sont généralement les jeunes et particulièrement les adolescents en raison de leur capacité à interagir avec toute nouveauté, mais aussi vue l’influence qu’exercent les nouveaux médias sur leurs comportements, étant donné qu’ils sont spontanés et incontrôlables, bien plus qu’ils offrent une diversité de produits qui répondent aux différents goûts de jeunes.  

La prévention contre la dépendance cybernétique nécessite un effort louable de la part aussi bien des parents que de l’école. Au sein de la famille, les parents sont tenus de s’intéresser aux échanges que leurs enfants entretiennent avec les différents supports multimédias. Ainsi, pour éviter tout dérapage, ils peuvent recourir durant l’enfance à des solutions de contrôle et de filtrage offertes par les nouvelles technologies elles-mêmes. Il s’agit du contrôle d’accès à l’ordinateur, du contrôle d’accès aux pages indésirables, du filtrage  et/ou l’utilisation de logiciels de filtrage[3]. Toutefois, en période d’adolescence, les parents doivent privilégier le dialogue en discutant avec leurs enfants l’intérêt qu’ils portent à telle ou telle activité, tout en leur préservant un certain espace d’intimité et de liberté. L’école, pour sa part, devrait sensibiliser les jeunes aux risques liés à l’utilisation de ces moyens en développant des programmes pédagogiques spécifiques en vue de les inciter à tirer profit de ces nouvelles technologies tout en parvenant à se prémunir des nuisances associées[4].

Pour une utilisation rationnelle des nouvelles technologies de communication.

Les nouvelles technologies de communication peuvent être considérées comme une arme à double tranchant. En effet, selon l’usage qu’on en fait, elles peuvent être des facteurs de développement, d’épanouissement et d’ouverture de la personnalité comme elles peuvent être des facteurs de régression et d’isolement. Ainsi seule une utilisation rationnelle de ces outils permet de mieux profiter de leurs effets bénéfiques tout en réduisant leurs effets négatifs.

S’agissant des effets négatifs, ils sont nombreux. On peut citer quelques-uns qui nous paraissent déterminants dans le comportement des utilisateurs :

  • Les nouveaux médias peuvent être une véritable source de fascination, notamment chez les jeunes, entraînant parfois des conduites de dépendance importantes dont les principales manifestations sont le nombre d’heures passées devant l’ordinateur, les types d’activités menées et les raisons pour lesquelles les jeunes y ont recours ;
  • Le risque de l’isolement des personnes. Même au sein d’un seul foyer, on peut assister à des situations d’interruption de contacte quand chacun se rue sur son ordinateur ou sur son smartphone ;
  • Le risque de créer chez les enfants et les jeunes adolescents des troubles de perception de la réalité suite aux scènes de violence qui apparaissent souvent sur l’écran sans que les jeunes les aient véritablement recherchées. De même, les nouvelles technologies peuvent se transformer en une source d’incitation à la violence induite par les films et les jeux violents disponibles en ligne.
  • Beaucoup d’adolescents et de jeunes éprouvent de la difficulté à différencier entre le réel et  le virtuel, entre le privé  et le public, ce qui risque de les exposer à des poursuites judiciaires suite à la diffusion sur internet ou sur téléphones portables des informations confidentielles ou des images qui touchent l’intimité des personnes.
  • Dans le domaine d’éducation, les étudiants risquent des dérapages quant au déroulement de leurs études. Ainsi, ils peuvent choisir la facilité en recherchant des réponses toutes prêtes de leurs devoirs sur internet. De même certains d’entre eux utilisent ces nouveaux médias pour tricher lors des examens.

Quant aux effets positifs, ils sont également nombreux. Il suffit seulement de bien les exploiter. On peut évoquer à cet égard quelques opportunités offertes par les nouvelles technologies à titre indicatif et non exhaustif :

  • L’accès immédiat à une information planétaire, l’interactivité contrairement à la télévision et la possibilité d’abolir les distances et de communiquer en temps réel avec toutes les personnes que l’on désire contacter, au moins virtuellement, à travers le monde entier..
  • Dans le domaine de l’éducation et des apprentissages, l’internet et les nouveaux médias constituent pour les élèves, les étudiants et les chercheurs une source d’informations rapide et précieuse. Ainsi ils peuvent accéder facilement à un savoir plus large et sans cesse actualisé. De même, ils peuvent fournir des travaux mieux présentés, sans erreur orthographiques[5]
  • Internet a aussi permis à travers les réseaux sociaux d’échanger, de s’entraider, de faire connaissance et de retrouver des amis. Ainsi, les jeunes, à travers les forums, peuvent découvrir d’autres personnes de leur âge intéressées par les mêmes domaines, ceci non seulement au plan local, mais à l’échelle mondiale..

En conclusion, on peut dire que les nouvelles technologies de communication sont un outil qui peut être positif ou négatif suivant l’usage que chacun d’entre nous est amené à en faire. Toutefois le lien virtuel ne compense jamais le lien social réel, car rien ne remplacera le contact humain. Il appartient donc aux adultes et aux enseignants de former les jeunes à l’utilisation intelligente de ces techniques afin qu’elles soient des outils de progression et d’épanouissement au lieu d’être des moyens de destruction et de dépendance.

[1] Dre Marie-Anne Sergerie, Psychologue, Cyberdépendance, la dépendance aux médias sociaux et à la technologie mobile, Psychologie Québec, Dossier : volume 3, numéro 02, mars 2014, [En ligne] http://www.ordrepsy.qc.ca/pdf/Psy_Qc_Mars2014_Dossier04_Sergerie.pdf.

[2] Pour plus de détail voir le lien suivant : http://www.cyberdependance.ca/

[3] Jean Delprat et Jean Pierre Quignaux, Parents, enfants et Internet, 30/06/2000, [En ligne], http://goo.gl/iOItQA

[4] Pierre-André Michaud, Richard Bélanger, Les adolescents, internet et les nouvelles technologies : un nouveau pays des merveilles ?, Rev Med Suisse 2010, [En ligne] http://rms.medhyg.ch/numero-253-page-1230.htm

[5] مركز حموربي للتنمية الفكرية، التقرير التركيبي للمنتدى الأول حول استعمال الإنترنيت، أكتوبر 2014، على الرابط التالي: http://goo.gl/JGd2VC

 

Laisser un commentaire

Fermer le menu