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Published on novembre 3rd, 2014 | by assiahasb

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La liquidité du secteur bancaire marocain : Réflexion sur la situation future.

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Par: Anouar Hasbaoui

(Chercheur au CHDI)

La défaillance du secteur immobilier américain a eu des effets dévastateurs dont l’étendue a dépassé le territoire d’Amérique du Nord, pour atteindre l’ensemble des économies du monde plus spécialement celles qui jouissent d’une forte intégration dans le système financier international. Cette situation est accentuée par l’effet du croisement des flux et les interconnexions et interdépendances entre systèmes financiers développés et émergeants[1]. De surcroît, les supports technologiques, devenus très sophistiqués, ont facilité les mouvements colossaux de fonds en temps réel et d’une sécurité très assurée, on assiste à l’émergence de groupes financiers très complexes. Cette nouvelle architecture financière a pris une allure très rapide, d’autant plus qu’elle est devenue de plus en plus opaque et difficilement contrôlable, ce qui était mis en cause lors de la récente crise financière.

Abstraction faite des dégâts économiques et financiers enregistrés, les pays développés disposaient de socles économique et financier assez solides susceptibles d’absorber le choc survenu, en plus, l’intervention des pouvoirs publiques à travers les différents plans de sauvetage mis en œuvre a permis de réduire la durée de reprise de croissance économique[2]. En revanche, les pays en voie de développement, à structure économique fragile et vulnérable, continuent toujours à subir les effets du dysfonctionnement des marchés, et trouvent du mal à regagner le niveau de croissance avant crise.

 Au niveau national, l’impact du tsunami financier sur l’économie marocaine était dans un premier temps économique du fait des liens commerciaux étroits avec les principaux partenaires principalement les pays de l’Union Européenne, qui ont été sévèrement secoués par l’expansion de la vague de crise des subprimes, dans un deuxième temps, le tissu économique commence à émettre des signes de crise sociale exprimée en terme de licenciement et de mouvements syndicaux qui déplorent les nouvelles conditions de travail devenues insupportables, l’intervention des pouvoirs publiques s’avère très urgente pour apaiser la tension des opérateurs . Force est d’affirmer que ce climat d’affaires a suscité une méfiance de la part des investisseurs étrangers qui ont décidé de rapatrier conjointement leurs fonds avec les bénéfices réalisés vers leur pays d’origine, de même les investisseurs nationaux ont gardé l’œil vigilant vis-à-vis des orientations du nouveau gouvernement de 2011 et son projet politique[3]. Cette concomitance des faits a eu un effet direct sur la liquidité bancaire ; La situation est devenue très préoccupante, ce qui a poussé les autorités de supervision à doubler les décisions d’intervention pour sauvegarder l’équilibre du système bancaire principalement et financier en général.

Etant un système financier à tendance bancaire, la position de liquidité des établissements de crédit est une donne très importante pour le fonctionnement normal de l’économie. Autrement dit, l’illiquidité se traduit par un sous financement de l’économie, alors qu’une liquidité disponible ne peut que stimuler l’activité des entreprises et subvenir à leurs besoins en temps opportun. La sensibilité de cette relation de cause à effet mérite d’être élucidée selon une optique de prospection de la situation future de la liquidité.

En vue d’approcher d’une manière plus précise la situation future de liquidité du système bancaire national, il serait judicieux d’identifier les éléments phares qui sont susceptibles de l’impacter. Force est d’affirmer que les années 2013 et 2014 ont marqué des faits qui ont engagent directement la position de liquidité tant systémique que singulière des EC, et qui ne doivent passer inaperçus aux vues des opérateurs économiques.

  • Le premier fait est la promulgation de la directive du 13 Aout 2013 relative au ratio de liquidité à court terme, qui vise à doter les EC d’instrument de pilotage de liquidité à court terme et par conséquent renforcer leur résilience sur un horizon d’un mois. Le monitoring de la position de liquidité va s’opérer en monnaie nationale et en devise échangée, une telle règle se justifie par l’internationalisation de certains groupes bancaires nationaux et les risques afférents à cette expansion. Cette réglementation prudentielle vient renforcer le dispositif prudentiel (dispositions de Bale 1 et Bale 2) des banques ce qui va certainement affecter leurs portefeuilles d’activités et les stratégies à poursuivre. Dorénavant, la situation bilancielle des banques doit prévoir la constitution d’actifs hautement liquides, une mesure qui va certainement réduire à court terme la rentabilité des banques.
  • La promulgation de la nouvelle loi bancaire a marqué les annales de la littérature bancaire. La banque centrale s‘est octroyée de nouvelles attributions en vue de maîtriser davantage les risques systémiques. En plus, le nouveau texte est marqué par l’introduction de banques participatives inspirées des modèles de banques islamiques ce qui va certainement drainer une manne de liquidité importante en direction du secteur. Les demandes d’octroi d’agréments de certains groupes des pays du golfe projettent une situation encourageante pour les prochaines années.
  • La troisième donne est l’implantation du fonds Africa50[4] au Maroc avec un capital de départ de 50 milliards de dollars, pour financer les projets d’infrastructure des pays africains, une telle décision va inéluctablement renforcer le positionnement du Maroc en tant que plateforme financière continentale et régionale au service de la prospérité et le développement de l’Afrique. Il est prévu que d’autres banques internationales vont essayer d’intégrer ce consortium pour tirer profit des opportunités qu’affiche le continent africain. Le Fonds Africa50 va contribuer au financement de certains projets d’infrastructure que le Maroc envisagera entamer dans les prochaines années, la pression sur la liquidité nationale sera de moins en moins intense et sera par conséquent canalisée vers le secteur privé.
  • Le quatrième élément se résume aux efforts consentis par le gouvernement pour encourager le rapatriement des fonds que les résidents marocains détiennent à l’étranger, libellés en devise où en monnaie nationale, y sont concernés également les actifs financiers. La signature du Maroc de l’accord qui permet la levée du secret bancaire va probablement accélérer, à travers le temps, le mouvement de rapatriement qui selon les statistiques publiées reste en deçà des aspirations publiques. Toute chose égale par ailleurs, le niveau des réserves internationales connaîtrait une appréciation notable grâce aux flux de fonds rapatriés.
  • Le cinquième facteur est la poursuite du projet volontariste dédié à l’ancrage de la finance inclusive. Dans ce sens, les banques essayent de mettre en œuvre l’approche de la banque de proximité et s’élancent dans une concurrence ardue de projets innovants pour bancariser les activités dont la clientèle est située hors circuit formel. Ce nouveau concept a prouvé son succès auprès des économies de certains pays comme la Chine, le Cameroun…etc.

Il importe d’évoquer la sensibilité de la position de la liquidité, selon l’adage bancaire très connu, « un asséchement de liquidité tue sur le court terme tandis qu’un abandon de liquidité tue sur le long terme », ceci dit, les fonds drainés sont à la quête de meilleures opportunités d’investissement, surtout pour une économie qui se veut rejoindre le club des économies émergentes. Cette ambition s’appuie sur la présence de facteurs entre autres, la stabilité et la sécurité du Maroc, sa position géostratégique, l’essor qu’a connu le développement des métiers du monde, et bien évidement la volonté exprimée par les pouvoirs publics à davantage assainir le climat d’affaires

En fin, les pouvoirs publics doivent aussi accélérer la finalisation du projet consacré à la libéralisation des termes de change, pour pouvoir établir l’équilibre de la balance commerciale et obliger les opérateurs économiques à assumer une part de responsabilité dans la gestion du risque de change et apaiser la pression sur les réserves en de change.

[1] Plus précisément ceux dont la croissance économique dépasse 6%.

[2] Généralement la reprise ne dépasse pas 24 mois pour les pays développés.

[3] C’est la première fois que le parti ayant la majorité lors des élections législatives de 2011,accède au pouvoir.

[4] Suite à l’initiative de la BAD, ce fonds,créé en 2014, va s’orienter aux projets d’infrastructure, entre autre, l’énergie, les télécommunications, le transport et la préservation et la gestion des ressources d’eau ;

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