Pour une meilleure performance de l’enseignement supérieur au Maroc

Pour une meilleure performance de l’enseignement supérieur au Maroc

Anouar Hasbaoui

(Chercheur au CHDI)

Chaque année, les universités surveillent impatiemment la publication du classement international des institutions universitaires par des organismes tels que : Academic ranking of World Universities. Ce classement utilise un processus multicritère très rigoureux qui évalue la performance des institutions. L’un des objectifs phares de ce classement est la promotion de l’excellence de l’enseignement universitaire. A cette fin, les pouvoirs publics essayent d’améliorer le mode de management en place pour booster la compétitivité de leurs institutions à l’échelle internationale. Certes, cette compétitivité dépend éminemment de la qualité du cadre général du système, qui englobe tous les éléments qui peuvent affecter sa performance : du cadre législatif et réglementaire en vigueur, jusqu’à l’intégration dans l’environnement externe.

 Force est de constater que les universités figurant en tète du classement ont des caractéristiques communes dont on peut citer : une infrastructure très développée, le nombre important de publications référencées et ayant une grande notoriété et crédibilité scientifiques, une intégration très avancée dans le milieu socio-économique, et un taux important de supervision…etc.

A contrario, les universités moins « cotées », partagent certains traits, entre autres, un cadre légal archaïque, une infrastructure inadéquate, un cursus pédagogique très rigide[1] et une négligence des unités de recherche, ce qui génére une productivité faible des universités publiques, et par conséquent une compétitivité en deçà des aspirations.

Etant donné certaines contraintes quantitative et qualitative de transition[2] vers un système universitaire performant, la gouvernance des universités doit évoluer pour être proactive, et mieux informée sur la dynamique de son environnement aussi bien interne qu’externe. Face à cet environnement marqué par la montée de revendications devenues de plus en plus croissantes, les universités doivent procéder aux mesures suivantes : l’adéquation entre les extrants du système éducatif et les besoins du secteur privé, la nécessité d’accroitre le degré d’information et de conscience vis-à-vis de certaines problématiques majeures, le développement de nouvelles approches par le biais d’un système d’intelligence qui détecte les défis de l’avenir, la contribution à la résolution de certains problèmes qui préoccupent la communauté. A titre d’illustration on cite la compétitivité économique, la protection de l’environnement, l’immunité contre des épidémies redoutables (récemment H1N1) …etc. La première revendication conditionne  la compétitivité du secteur privé. En effet, les ressources humaines du secteur (exception faite des collaborateurs qui ont un niveau académique modeste) sont initialement formées dans les salles et amphithéâtres des universités. C’est ainsi que la qualité du savoir acquis, le mode de son transfert et le système d’évaluation y afférent  déterminent  largement  la performance du capital humain.

On ne peut évoquer le développement du système universitaire sans insister sur l’ensemble des valeurs et principes qui le régissent qui à notre sens,  déterminent la dynamique des composantes du système (intrants et extrants). Ainsi, il est nécessaire de renforcer certains principes dont on peut citer, le sens de leadership et de créativité, l’intégrité et le sens de responsabilité, qui permettront aux générations futures d’être plus outillées à relever les défis de l’avenir. Dans ce sens, la promotion de l’éthique constitue un pilier non négligeable surtout avec le nombre croissant de scandales dans plusieurs secteurs (plus particulièrement le secteur de la fiance et la santé). Nonobstant la promotion des valeurs, l’édification d’un système d’information adéquat renforce la transparence des institutions. Actuellement l’ouverture sur le monde extérieure accroit l’attractivité des institutions, ainsi que la satisfaction des besoins des parties concernées en termes d’information.

Etant donné les contraintes budgétaires, les universités doivent bénéficier defonds provenant de sources financières publiques et/ou privés. En effet la théorie de la responsabilité sociale des entreprises revendique davantage d’intégration des entreprises dans leur environnement. Ainsi, l’accompagnement financier des entreprises aux universités aura le mérite non seulement d’approcher les différents partenaires (considéré comme un moyen de proximité pour une compagne de marketing offensive et responsable), mais aussi de contribuer au développement des futurs collaborateurs et la diffusion du principe de l’entreprise citoyenne. 

Dans le système marocain, en dépit des programmes et actions menées au titre de la réforme instituée par la loi 00.01, l’enseignement supérieur témoigne de certaines déficiences tant internes qu’externes. En effet, les universités reçoivent chaque année des cohortes importantes d’étudiants ayant un niveau de pré-requis insatisfaisant, ce qui est préjudiciable à une fluidité facile au sein de ce système. Ce mouvement transversal accumule les insuffisances des cycles d’enseignement  primaire, secondaire et le secondaire qualifiant, ce qui atténue l’impact de toute réforme. Nonobstant ces limites, la taille limitée des ressources aussi bien administratives que pédagogiques,  devient une contrainte difficile à surmonter, et ne permet pas de servir  convenablement les demandes croissantes des étudiants.  

A contrario, les institutions ayant une notoriété notable telles que ENIM, INSEA…etc., sont dans une situation différente plus particulièrement au niveau de la qualité des profils qui accèdent à ces écoles et l’infrastructure en place. Cependant, ces institutions ne disposent  réellement pas de projets intégrés dans leur milieu socio-économique, alors qu’en principe, elles sont supposées contribuer à la résolution de problématiques des secteurs qui les concernent.

Le gouvernement marocain doit gérer les multiples contraintes qui rend toute réforme de l’enseignement supérieure[3] une mission difficile. L’action gouvernementale doit être autour des éléments suivants : 1) la mise en œuvre d’une stratégie convenable s’effectue à un stade précoce (cycle d’enseignement primaire et secondaire), 2) l’obligation de l’engagement  effectif de la communauté à contribuer dans la promotion de l’université. Ainsi entreprises, autorités locales et organismes élus doivent assumer un rôle plus actif dans les conseils d’administration des universités, 3) la mise à niveau des laboratoires de recherche constitue un prérequis pour l’exploitation d’opportunités susceptibles de bénéficier aux parties prenantes (universités, secteur privé, et société en général), 4) l’amélioration des conditions de travail est d’urgence, ce qui peut garantir un engagement effectif des ressources humaines, 5) l’adoption de nouvelles méthodes d’enseignement moyennant les nouvelles technologies d’information et de communication(NTIC), et un contact direct et permanent(réel sinon virtuel)  entre professeurs et étudiants[4], et en fin, l’édification d’un dispositif formel  et bien défini de reddition des comptes garantit une plus grande soutenabilité et réactivité des universités quant aux besoins des parties prenantes, ce qui garantit une grande rentabilité de l’investissement en éducation dans le long terme pour un Maroc du savoir.

 


[1] Selon l’approche de gouvernance cognitive, M.Harakat insiste sur l’humanisation des cursus et programmes pédagogiques, par la mise en œuvre de filières d’études transdisciplinaires.

[2] A titre d’illustration : la contrainte budgétaire, la résistance au changement.

[3] La réforme du système adopte les principes de base du processus de Bologne.

[4]Il sera créé des espaces numériques de travail au sein des universités pour faciliter la communication entre toutes les parties prenantes.

Cet article a 1 commentaire

  1. La réforme du systéme d’enseignement supérieur doit aussi viser la révision du mode d’accés ouvert aux universités ce qui explique le niveau tres déplorable de certains étudiants. Je suis d’accord avec l’auteur qui a différencié entre accés libre et accés limité encore faut il préciser que l’accès libre doit étre géré d’une manière plus appropriée, je cite comme exemple, la mise en place au sein des universités des cellules de support pédagogique pour aider les étudiants qui nécessitent une mise à niveau pour pouvoir faciliter poursuivre les études universitaires.

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