Quelques réflexions sur le projet d’infrastructure chinois

Edité par : Anouar Hasbaoui*

La nouvelle voie de la soi (Belt and Road Initiative BRI) est baptisée par le président chinois Xi Jinping en septembre 2013 lors de son discours à l’université de Kazakhstan. Élu chef du Parti Communiste Chinois en 2012, le nouveau leader voulait positionner la république populaire dans la scène internationale en tant que puissance mondiale. Ce projet de grande envergure vise à connecter la Chine avec plus de 68 pays par la construction de voies ferroviaires, routières, maritimes pour faciliter les échanges intra-commerciaux, et pérenniser l’approvisionnement de l’économie chinoise. Les objectifs explicités du BRI  s’étendent également à l’intégration financière et culturelle, et à l’harmonisation des politiques publiques pour un développement économique mutuel et inclusif des Etats membres.

Certes, l’envergure de ce projet se justifie par les fonds d’investissements nécessaires pour sa mise en place, il touche 65% de la population mondiale et 40% du BIP mondial de 2017. Au niveau du financement des projets d’infrastructure, il fut mis en place de nouvelles institutions financières en l’occurrence la Banque de développement et la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (AIIB) (créée en octobre 2014 par 21 pays d’Asie avec un capital de 100 milliards de dollars).

Ce projet met en avant les retombées du multilatéralisme dans un environnement marqué par l’émergence de nouvelles problématiques transfrontalières. De nos jours, terrorisme, immigration clandestine, réchauffement climatique, blanchiment d’argent, criminalité organisée sont les principaux enjeux de la communauté internationale. En vue de faciliter l’intégration des pays au projet du Xi Jinping, la Chine a établi six corridors géographiques : 1) Chine-Pakistan, 2) Chine-Asie centrale-Asie de l’Ouest, 3) Eurasiatique (ou Chine-Kazakhstan-Russie), 4) Chine-Mongolie-Russie, 5) Chine-Indochine et Bangladesh-Chine-Inde Myanmar (Mottet et Lasserre, 2018). On assiste à un nouveau multilatéralisme qui donnera lieu à un nouvel ordre économique où la connexion par infrastructure sera le catalyseur de cette coopération. Force est de dire que l’essor du BRI est tributaire de la présence d’un certain nombre d’éléments, qui à notre sens sont essentiels, vue  la portée stratégique du projet et l’hétérogénéité des économies concernées.

  • BRI doit absolument œuvrer pour l’intérêt collectif et pas uniquement celui de la Chine ou de quelques puissances qui y font parties, ce qui va dilapider les craintes provenant des pays moins développés. Ces derniers doivent concrètement ressentir les retombées positives aussi bien sur le plan macroéconomique (appréciation du PIB, amélioration de la balance commerciale, balance des paiements…etc) que microéconomique (augmentation du revenu par habitant, amélioration du bien être matériel et immatériel). A contrario, les Etats qui ne sont pas satisfaits de l’avancement de l’accord multilatéral ne vont pas honorer leurs engagements sinon se retirer complètement;
  • Le respect des principes et règles de l’économie verte en présence de projets d’infrastructures de taille importante, condition sine qua non  du développement durable et bénéfique pour les générations futures.
  • En raison des flux mobilisés et les engagements des pays membres dans le financement de leurs projets d’infrastructure, le BRI ne doit pas déstabiliser l’ordre financier international. La mise en place de plateformes financières transparentes au niveau de chaque corridor constitue une étape graduelle pour une transition financière moins risquée. De surcroît, l’harmonisation de la réglementation des marchés financiers entre pays membres est un prérequis nécessaire en particulier celui des titres de dettes souveraines. En effet, le financement des projets va se réaliser à travers des émissions de titres souverains qui doivent être plus transparents pour garantir davantage d’efficience informationnelle des marchés de capitaux. Chaque corridor doit contribuer effectivement dans le financement des projets qui le concerne, la désertification des bourses de pays moins développés du BRI constitue un risque fort probable à gérer avec prudence.
  • L’acceptation des peuples des pays membres de l’adhésion au BRI est une garantie pour un engagement ferme pour les années futures. Dans ce sens, les citoyens des pays membres doivent être informé et convaincus de la portée stratégique.

Le BRI en tant qu’accord multilatéral qui prône l’unification des pays pour un futur prometteur interpelle encore une fois les autres régions du monde pour emprunter la même voie. Dans ce sens, la relance de l’Union du Maghreb Arabe(UMA) est devenue une condition de survie très urgente, particulièrement en présence de multiples aspects communs qui existent entre les peuples de la région (historique, linguistique, culturel, économique, social et religieux). Malheureusement, l’histoire contemporaine nous montre que certains pays qui formaient ce qui était communément  appelé UMA, ont pris la direction diamétralement opposée vers davantage de balkanisation des Etats et de dispersion, qui va inéluctablement détruire les liens communs existants et les substituer aux  conflits destructifs de leurs structures. La désunification des Etats de l’Afrique du Nord affaiblit leur poids sur l’échiquier régional et international, ce qui ne sert absolument pas les intérêts de leurs peuples. Reste à espérer que les mouvements populaires actuels au sein de certains pays donneraient lieu à des systèmes politiques démocratiques plus conscients de l’avenir commun de la région et de l’intérêt réel de leur peuple.

Le BRI reste un projet ambitieux qui traduit la volonté de la deuxième puissance mondiale à protéger ses intérêts économiques et ceux des pays membres, ainsi la prochaine décennie sera très décisive en direction de l’hégémonie d’un nouvel ordre mondial avec une reconfiguration des relations géopolitiques.

*Docteur en sciences de gestion

Cet article a 1 commentaire

Laisser un commentaire

Fermer le menu