Compétitivité des Entreprises : une nouvelle approche plus intégrée

Compétitivité des Entreprises : une nouvelle approche plus intégrée

Réalisé par: Anouar Hasbaoui

(Chercheur au Centre)

La compétitivité des entreprises est un paradigme qui a connu un changement irréversible dicté par les défis de la globalisation des économies et l’émergence de nouveaux standards et normes universelles en management des entreprises. Augmentation de la part de marché, accroissement de la productivité et diversification de l’offre constituaient auparavant des indicateurs qui formaient l’esquisse de la force concurrentielle des entreprises. Actuellement, avec l’émergence du paradigme du développement durable et la signature de nouveaux traités de libre échange, la compétitivité des entreprises se détermine à travers un panel de facteurs multidimensionnels qui essayent de les mettre en phase avec les nouvelles forces qui marquent l’environnement extérieur, il s’agit des institutions académiques, des administrations publiques, des associations à but non lucratif, et bien sûr avec les autres unités de production[1] . Le Rapport sur la compétitivité mondiale du Forum économique mondial définit la compétitivité comme «l’ensemble des institutions, politiques et facteurs qui déterminent le niveau de productivité d’un pays et sont source de prospérité économique pour ses citoyens » Dorénavant, les entreprises ne doivent rester indifférentes à l’égard de l’environnement extérieur, au contraire elles doivent marquer son évolution et être en harmonie avec toutes les parties prenantes, ce qui forme un gage de compétitivité soutenue. Ainsi le décryptage de ce nouveau repositionnement des entreprises constitue une phase ébauche pour l’édification d’un nouveau mode de management orienté- stratégie. Ainsi le présent article va essayer de couvrir en section 1 la relation entre les entreprises d’une part et le monde universitaire et structure de recherche & développement d’autre part, sera traitée en section 2 l’interaction entre les entreprises et le secteur public, la section 3 déclinera les contours de liens avec la société civile, et en dernière section l’intérêt sera porté sur les relations qui doivent être maintenues avec les unités paires.

Section 1 : Entreprises et le monde académique (B to U).

Les entreprises doivent indéniablement introduire de nouvelles innovations notamment à travers le déploiement de solutions plus efficientes (ex : maximisation du rendement de la chaine de valeur par des systèmes d’information intégrés), qui se traduira par un renforcement de la productivité, réduction des coûts avec l’amélioration de la qualité des biens et services offerts. L’état actuel de la concurrence tant interne qu’externe exige aux entreprises d’adopter de nouveau mode d’organisation octroyant davantage de flexibilité aux ressources humaines et l’engagement pour le développement permanent de leur savoir-faire et savoir être. La réalisation de ces objectifs spécifiques est tributaire d’une réelle coopération entre le secteur privé et le monde académique. Si le premier dispose des moyens techniques et financiers suffisants (plus particulièrement les organisations qui ont atteint la phase de maturité), le second dispose des ressources humaines compétentes capables de concevoir de nouvelles solutions et processus plus efficients et orientée-marché. Force est de constater que les pays développés ont connu une avancée notable au niveau de la relation entre le secteur privé et le monde universitaire. A titre d’illustration, la multinationale Siemens a établis un partenariat avec l’université de « Central Piedmont », où elle conçoit les objectifs et les curriculums pédagogiques adéquats pour ses employeurs, et qui seront assurés par l’université en question. Au niveau national, cet partenariat est en phase embryonnaire, surtout entre certaines entreprises et écoles d’ingénieurs. Il va falloir capitaliser ces expériences enclenchées et s’engager à multiplier ces expériences sur l’ensemble des régions du pays et instituer des pôles de compétences régionaux susceptibles de booster la compétitivité des entreprises locales.

A ce niveau on fait appel à la volonté des deux parties à œuvrer ensemble, à leur sens de l’innovation et de la créativité et à l’apport des autorités publiques pour pérenniser ce partenariat stratégique.

Section 2 : Entreprises et secteur public.

Certes le développement économique est une donne essentielle, il n’en demeure pas moins que le secteur public assume un rôle déterminant pour l’amélioration de la compétitivité des entreprises. Pour cela, l’inauguration de liens de partenariat entre les deux parties a une portée stratégique et permet de servir leurs intérêts mutuels. La coopération instaure la confiance mutuelle et la transparence, elle permet aussi de fédérer les efforts, les compétences et les moyens pour l’intérêt général.

Toutefois, cette coopération est tributaire de certains prérequis liés en partie aux obligations du secteur public plus particulièrement en matière de management. En effet, un management public efficient et proactif se traduit en termes de gains d’opportunités et d’avantages comparatifs au profit des entreprises, ceci est d’autant vérifié pour les administrations qui s’interfèrent directement dans la chaine des valeurs des entreprises. A titre d’illustration la gestion des affaires des départements chargés de l’aménagement territorial et la mise à niveau de l’infrastructure de base, et celui de l’industrie et de l’économie numérique constituent un élément clé pour la maximisation de la chaine des valeurs des entreprises (les PPI adoptés par la Maroc en fait partie). Le gouvernement électronique peut aussi s’inscrire dans cette logique par sa capacité à réduire les couts de fonctionnement et assurer la proximité aux bénéficiaires ce qui d’une part minimise les coûts de fonctionnement de l’Etat et allège respectivement le poids sur les finances publiques, d’autre part les entreprises vont tirer profit de ce nouveau climat caractérisé par un gouvernement ouvert, transparent et orienté résultat. Un régime de change compétitif, un déficit budgétaire et un taux d’inflation optimaux sont autant d’éléments qui renforcent la compétitivité.

A ce niveau, il importe de souligner que les pouvoir législatif et exécutif doivent travailler ensemble chacun selon les prérogatives qui leur sont dévolues pour la maximisation de la compétitivité du secteur privé. L’action publique doit couvrir : l’encouragement de l’investissement et la création de l’emploi, une fiscalité orientée-innovation et invention, l’instauration d’un dispositif judicaire sain et solide qui garantit la pérennité et la confiance et le respect de la loi en vigueur, le tissage de lien stratégique entre entreprises et centre de recherche académique, le financement partiel ou total des projets de recherche de grande envergure pour les secteurs stratégiques.

En vue d’une rationalisation de l’action publique, il est nécessaire d’évaluer en amont toute mesure publique au profit des entreprises, ainsi les études d’impacts se présentent comme un outil assez fiable pour approcher l’apport de l’action publique. Ces travaux essayent de déterminer l’impact direct et indirect de toute action publique sur la croissance économique et par conséquent prévoir les mesures et ajustements appropriées pour maximiser les bénéfices escomptés.

Section 3 : Entreprises et la société civile.

Le développement des écosystèmes requière une redéfinition de la dimension « compétitivité » des entreprises dans le sens d’une prise de conscience de plus en plus de la préservation des équilibres écologiques et la préservation des ressources naturelles. Ainsi fut l’émergence de nouveaux acteurs potentiels dont la mission est la lutte contre l’extermination redoutable des ressources naturelles, il s’agit des associations à but non lucratif qui représentent la voie de la société contre tout abus ou surexploitation de l’environnement et de l’homme et qui ont le pouvoir et les moyens pour contrecarrer toute activité économique qui présente un danger pour la nature et l’homme. Ceci dit, les entreprises compétitives les plus développées s’efforcent de tisser de relations de partenariat avec les représentants du monde civil, entre autres, les associations de protection des consommateurs, les associations qui s’intéressent aux problématiques de l’environnement, ce qui peut constituer une assurance pour une relation pérenne au service des intérêts mutuelles des entreprises et des citoyens.

Section 4 : Entreprise – entreprise.

Si les relations entre les entreprises paires se limitaient dans la plupart des cas à une concurrence acharnée pour augmenter la part de marché et offrir des prix de moins en moins élevés, le contexte économique contemporain dicte un nouveau mode d’interaction. En effet, les entreprises se trouvent dans l’obligation de résoudre des problèmes et défis structurels à savoir la démultiplication accrue du secteur informel, l’accès au marché de nouveaux acteurs étrangers, la nécessité d’innovation et d’amélioration des processus de production…etc. En conséquence, une coopération entre les entreprises s’avère une nécessité de survie plus une option de management stratégique.

La coopération intra-secteur permet aussi d’aligner des standards et bonnes pratiques, et notamment l’introduction de l’éthique dans la profession. Certes, la promulgation de standards et normes permet de promouvoir la compétitivité du tissu économique et réduire les éventuels dysfonctionnements qui peuvent submerger dans un environnement concurrentiel dynamique et volatile, elle permet aussi de booster la gouvernance des entreprises vers plus d’efficience et de rigueur. A titre d’illustration, on cite la standardisation du processus de production dans le secteur d’automobile pour accroitre la productivité et répondre aux exigences de qualité et de sureté dictées par les tendances du marché.

Les concours financiers entre entreprises peuvent aussi être une voie de rapprochement centrée autour des projets à retour d’investissement significatif pour les partenaires. En effet, les projets de grande envergure nécessitent un déploiement de fonds considérable qui dépasse la capacité de financement d’une seule unité, surtout dans un paysage financier où le coût de financement n’est pas avantageux, pour cela la coopération entre entreprises se présente comme la solution optimale pour à la fois saisir l’opportunité offerte et transformer la relation avec les concurrents en occasion de collaboration.

 Conclusion

La compétitivité des entreprises est devenue de plus en plus extériorisée, si autrefois elle se basait sur la gestion des facteurs et contraintes internes, actuellement elle est fonction de la capacité des entreprises à gérer les tendances et les forces de son environnement externe. Toutefois, il convient de préciser que la mise en œuvre de cette nouvelle approche ne peut s’effectuer sans entraves, la taille et la structure de certaines entreprises( en particulier toute, petite et moyenne) découragent l’investissement dans cette nouvelle perspective, en raison des moyens et outils requis qui sont en dessus de la capacité des unités économiques, ainsi il convient de redynamiser le rôle des groupements professionnels et associations pour gérer des contraintes communes et fédérer les moyens et compétences pour le bien être de toutes les parties prenantes.

 

Principales références bibliographiques :

  • Porter M., Jan Rivkin J., (2012), What business should do to restore competitiveness ;
  • International Trade Centre (2004), Building Business Competitiveness International Trade Forum – Issue 2/2004 ;
  • Commission Investissement Compétitivité et Emèrgence Industrielle, (2014), Etude sur les Leviers de la Compétitivité des Entreprises Marocaines, CGEM, Mars 2014, Synthèse de l’étude.

 [1] Voire article sur ce site sur l’Open Innovation de Y.Saida intitulé « L’Open innovation: Dynamiser les activités d’innovation de l’organisation ».

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