Afrique du Sud : Une économie émergente

Réalisé par: Anouar Hasbaoui

Chercheur au Centre

L’objectif principal de ce document est la présentation d’une note synthétique des principaux traits du modèle économique de l’Afrique du Sud (AS), et ne substitue pas à une recherche académique classique. Les idées et arguments avancés ne reflètent que la position de l’auteur. Les références bibliographiques mentionnées ci-après ne sont pas exhaustives. Le lecteur qui souhaite approfondir sa recherche doit consulter d’autres sources documentaires.

Depuis la dissolution du régime de l’Apartheid en 1994, AS a connu un développement considérable au point que les experts attendaient à ce que le pays joue le rôle d’une locomotive pour l’Afrique australe. L’introduction du pays dans le groupe BRICS en 2011 n’est pas fortuite[1], le pays est aussi membre du groupe G20. La mise en œuvre des multiples réformes engagées par les pouvoirs publics déterminent le changement sociétal tant sur les plans politique, économique que social. Le nouveau système politique est l’apanage des efforts entrepris par le Congrès National Africain (African National Congress ANC) considéré comme le seul mouvement qui a lutté contre l’Apartheid. L’accès au pouvoir par Nelson Mandela qui incarne un poids politique mondial, renforce les chances vers l’émergence du pays en tant que puissance africaine. Au niveau économique, la croissance enregistré des avancées notables avec une moyenne 3.3%. Le PIB a atteint 350 milliards de dollars par an avoisinant la moyenne des pays européens[2] grâce notamment aux ressources naturelles[3] et l’émergence d’une industrie de haute technologie dont il dispose. Sur le plan social, la moitié de la population a bénéficié d’une couverture sociale induisant ainsi un accroissement du PIB réel per capita  de 10%, autant d’indicateurs[4] qui déclinent les retombées de la nouvelle ère post Apartheid. En revanche ces agrégats ne doivent pas éclipser les dysfonctionnements structurels qui existent, ce qui explique l’attitude sceptique de certains experts à l’égard des extrants des politiques et programmes mis en œuvres. Ainsi la présente note a pour objectif de présenter les résultats de l’analyse du modèle sud-africain, notamment de faire ressortir les fondements de son évolution et identifier ses limites. Pour cela, la première section de ce travail sera consacrée à la réforme du cadre juridique, la deuxième section déclinera les inputs du développement, la troisième section va passer en revue les insuffisances du modèle économique.

  1. Une nouvelle constitution pour l’Afrique du Sud (AS).

Le pays a connu une réforme structurelle de son cadre législatif et juridique suite à l’adoption d’une nouvelle constitution en 1996 et à la promulgation des lois statutaires et réglementaires qui en découlent : Droit des sociétés, loi sur la concurrence, loi sur les investissements étrangers, droit du travail…. il faut dire que cet arsenal juridique est inspiré de la loi de Roman Dutscher du droit commun britannique. A titre d’illustration, on cite que le droit des sociétés est fortement influencé par le droit commun des pays du Commonwealth ainsi que celui appliqué aux USA. Ce droit fixe le mode de gouvernance, le contrôle, la relation avec les actionnaires et toute autre mesure susceptible de réglementer les différentes actions au sein de l’entreprise. Le cadre institutionnel met en relief l’émergence d’instances puissantes jouissant des pouvoirs requis pour l’exercice de leurs attributions ce qui leur a permis de contribuer au modèle de développement amorcé depuis l’annulation du régime d’Apartheid.

NMA l’image: Nelson Mandela l’ancien Président de l’Afrique du Sud qui a marqué l’histoire du pays

  1. Les inputs pour le développement.

L’émergence du pays est attribuée à un certain nombre de facteurs imminents : Certes, l’institution de la Commission pour la Vérité et la Réconciliation, la promotion des droits politiques et de l’homme y compris la liberté d’expression, l’équité sociale et la liberté d’affiliation politique sont de mise, encore faut-il souligner que les politiques et programmes entrepris par les pouvoirs publiques visent le développement des services de base entre autres, la modernisation des systèmes d’éducation et de couverture sociale. La promotion du capital humain a permis d’améliorer le bien-être du citoyen et par conséquent la productivité économique.

Au niveau économique, le poids de l’investissement étranger[5] a considérablement contribué dans l’essor du pays, favorisé principalement par un environnement juridique propice qui vise la réduction des inégalités entre investisseurs nationaux et étrangers, en leur accordant presque les mêmes privilèges et un traitement égalitaire. Les flux des investissements directs à l’étranger (IDE) sont aussi accentués par le niveau développé du système bancaire et financier en place ainsi que la qualité de son infrastructure, avec le dynamisme de la banque de réserves d’AS qui joue un rôle capital dans la préservation de la stabilité bancaire à travers sa pro-activité et son adoption des pratiques internationales en matière de supervision bancaire. Selon le rapport (2013/2014) du « Global Competitiveness », l’As est en troisième position en matière de développement de système financier et en 66éme place en infrastructure, il est aussi placé en 41éme position selon « Doing business »(2014), avec Johannesburg suivi par CapeTown ayant une forte attractivité pour investir. L’émergence de groupes industriels a permis de doter le pays d’entreprises puissantes et capables de concurrencer sur le marché international. Nul besoin de dire que 127 entreprises du pays accaparent 40% du chiffre d’affaires réalisé en Afrique, le groupe Eskom est la quatrième puissance mondiale de production d’électricité[6].

Sur le plan macroéconomique, le pays applique le régime de change considéré comme le plus flexible parmi les économies émergentes ce qui bien évidement concoure à alléger la pression de la gestion des réserves de change. La supervision du système financier est très appropriée, les indicateurs de solidité financière sont à des niveaux très appropriés. Néanmoins, les recommandations formulées[7] aux autorités publiques insistent sur la mise en garde vis-à-vis des chocs internes qui peuvent provenir de certaines vulnérabilités dont on cite l’élévation du niveau des crédits non sécurisés, ou l’aggravation du niveau de dettes externes qui s’accentue plus particulièrement avec un faible taux d’épargne national.

L’industrie minière constitue un pilier principal pour l’économie du pays, toutefois, le cadre législatif qui encadre ce secteur a connu des révisions qui laissent beaucoup d’experts très sceptiques quant à sa conformité avec les dispositions du GATT plus précisément au niveau de la détermination des prix des produits miniers qui n’obéit pas au règle du marché ainsi que les conditions de travail notamment les salaires qui restent au-dessous des aspirations ce qui a induit une mobilisation de l’union syndicale des miniers.

Face aux multiples facteurs contraignants, les pouvoirs publics ont élaboré le Plan de Développement National (PDN), qui vise à promouvoir la compétitivité de l’économie du pays et à rendre le marché du travail plus flexible. Selon le FMI, le développement du pays est conditionné par une mise en œuvre plus rigoureuse du PDN.

  1. Les Dysfonctionnements du système.

En dépit des politiques et mesures adoptées par les pouvoirs publiques, la situation reste déséquilibrée en raison de la qualité et le rythme d’exécution des politiques publiques, de telles reproches ont induit l’omniprésence de facteurs tels que l’aggravation du taux de chômage, le creusage des inégalités sociales plus particulièrement raciales et la détérioration des comptes courant et budgétaire[8] qui ont atteint un niveau très alarmant. Face à ces difficultés, le pays a opté pour l’endettement externe qui est devenu source de vulnérabilité et par conséquent a mis le pays dans un contexte financièrement difficile.

Etant un choc externe de grande amplitude, la crise financière de subprimes a affecté l’économie du pays. Les flux externes ont commencé à quitter le système financier du pays ce qui a asséché sa liquidité et a par conséquent secoué les équilibres macro-économiques du pays, dans ce sens on cite le déséquilibre du compte courant[9]. Au niveau microéconomique, l’endettement des ménages a atteint des niveaux alarmants et a induit une forte concentration du risque de crédit ce qui est préjudiciable à la stabilité financière des banques. Le système financier en dépit de son expansion reste peu immunisé face aux multiples chocs externes (renversement de tendance des banques partenaires, dépréciation du taux de change, rapatriement des fonds…etc)[10].

L’expansion du secteur bancaire sur l’échelon continental constitue une source de vulnérabilité dans la mesure où les systèmes hôtes sont en infrastructure peu développés et ayant une faible qualité de crédit. Cette donne atténue les retombés d’une financiarisation résiliente au niveau national.

La perception à l’égard des pouvoirs publics est marquée par un sentiment de déception et de non satisfaction, les citoyens critiquent l’environnement politique où persistent la corruption et l’abus de pouvoirs de par les politiciens[11].

La non concrétisation des attentes attendues du pays sur le plan africain est attribuée aux positions sceptiques des pays voisins à l’égard de la politique extérieure du pays jugée inéquitable, et expansionniste[12]. Les conditions climatiques et l’assèchement de l’eau font peser sur la croissance.

 Conclusion

Le pays de l’AS constitue une économie émergente prometteuse qui dispose d’atouts et potentialités significatifs pour un nouvel Etat qui affiche des ambitions de promotion du continent africain  en général et de l’Afrique Australe en particulier. Toutefois, le pays se trouve incapable de résoudre ses dysfonctionnements internes encore plus ceux des pays voisins. Ceci dit, Une action singulière ne peut résoudre les problèmes structurels des pays de la région. L’ère des groupements multilatéraux fait que la coopération intra-africaine, surtout avec les économies de l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique du Nord qui ont pu réaliser des avancées notables en direction de développement équilibré, s’avère plus une nécessité pour un développement intégré du contient qu’un choix politique.


Autres Références bibliographiques :

  • EY’s attractiveness survey report  Africa 2014 : Executing growth ;
  • IMF country report n°13/303, South Africa 2013 article IV Consultation, October 2013 ;

[1] L’Afrique du Sud : Une puissance régionale limitée ; Politique de sécurité, Analyse du Centre des études de sécurité, ETH Zurich, n°102, October 2011.

[2] Francois Paillat et Jean Christophe Delmas, L’Afrique du Sud : Un pays émergent, thèmes 3 Dynamiques géographiques des grandes aires continentales,

[3] Principalement le diamand, le gaz naturel, le fer et le charbon.

[4] Rapport du FMI n° 13/303 Octobre 2013.

[5] Selon EY’s attractiveness survey report  Africa 2014,  l’AS, le Nigeria, le Kenya et l’Angola absorbent presque la moitié des IDE en direction de l’Afrique.

[6]Idem 2.

[7] Idem 4.

[8]Plus de 6% en 2013.

[9]Etudes économiques de l’OCDE Afrique du Sud Mars 2013.

[10] Idem 4.

[11] Selon une étude menée par S.Booysen : Citizen views of human rights after Twenty years of democracy, Freedom house

[12] Idem 1 ;

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